Guinée Games visée par une expropriation : de quel droit ? (EL Béchir)

Ordonner à Guinée Games de transférer ses activités à la Lonagui – qui les a autorisées par contrat – ne signifie pas que Antonio Souaré doive également y transférer ses actifs – qui sont à lui et à lui seul –, c’est-à-dire ses biens et droits comme ses bâtiments, son fonds de commerce, son matériel, ses créances, ses stocks, son personnel, son solde bancaire créditeur, etc. Si l’État, à travers la Lonagui, tient à déposséder Antonio Souaré de sa société de jeux pour l’accaparer et l’exploiter à son profit, il n’aurait d’autre résultat que le vide.

L’État se retrouverait dans une situation pratiquement ingérable : devoir créer une nouvelle société de jeux avec ses propres moyens, installer ses propres kiosques et machines à travers la capitale, les préfectures et sous-préfectures, son propre système de paiements des gains réalisés par les parieurs, son système de centralisation des données et des recettes, recruter et former son personnel, mettre en place sa comptabilité, bref dégager tous les moyens financiers, matériels, techniques et humains et mettre en place l’organisation nécessaire aux activités d’une société de jeux. Ce serait une autre paire de manches, car ça ne serait pas un simple copier-coller.

La Lonagui devrait alors faire une création ex nihilo, c’est-à-dire partir du néant qui était dans le cerveau de Antonio Souaré et faire un véritable big-bang pour faire surgir une société de jeux aussi structurée et performante que Guinée Games. Ce serait agir inconsidérément tout en ignorant les engagements financiers de Guinée Games vis-à-vis de ses partenaires financiers et sous-estimer le mécontentement latent déjà installé, dès la diffusion du communiqué de la Lonagui, parmi les jeunes et les femmes. Il faut s’attendre à des réactions violentes et incontrôlables de leur part, à Kaloum et en banlieue, voire dans le pays profond.

Une chose est sûre, ils sont décidés à contrebattre toute tentative de la Lonagui de passer de la mise en demeure à l’action.
N’est pas bâtisseur d’entreprises performante qui veut, même si l’on s’appelle l’État. Raison pour laquelle d’ailleurs dans toute économie libérale, l’État se désengage des secteurs productifs. L’économie planifiée a fait faillite depuis belle lurette, même en Chine et en Russie. On voit l’état dans lequel se trouve les trois ou quatre pays qui s’y accrochent encore par pure idéologie. C’est le marasme total pour leur économie et un indice de développement humain lamentable pour leur population.

Si l’argent manque à l’État, à qui la faute ?
Quand la Lonagui, dans son communiqué faisant suite au décret 0236 du 13 mai 2022, met en demeure Guinée Games et autres de lui transférer ses activités au plus tard le 13 août 2022 et exprime dans le même communiqué son « souci de maintien des emplois concernés et de poursuite normale des activités », on se pince pour s’assurer que l’on ne rêve pas. Comme nous l’avons montré, le seul résultat possible de cette mise en demeure sera la disparition de Guinée Games et le néant comme seule trace restante. Exactement comme après une évaporation totale. La Lonagui ne pourra ni maintenir les emplois créés par Guinée Games – le plus grand employeur du secteur privé guinéen avec des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects –, ni assurer les activités de cette entreprise. Ce sera plutôt une destruction irréversible et une perte totale et massive sur tous les plans, à la fois pour Guinée Games mais aussi pour la Lonagui et pour tout le pays.

Les employés de Guinée Games en sont aussi actionnaires. Outre leur rémunération, ils touchent un pourcentage du chiffre d’affaires. Ils ont un attachement affectif à leur société et boycotteront activement la Lonagui qui veut en être l’opérateur forcé, comme un coucou qui squatte le nid d’un autre oiseau.
La Lonagui, organe de régulation des sociétés de jeux en Guinée, ne saurait être un opérateur. Sauf par l’arbitraire et la confusion des genres. D’ailleurs, les sociétés qui ont payé leur licence annuelle ont légalement un contrat qui court et ne sont pas concernées par le décret.
De surcroît, croire que la Lonagui préservera les emplois et les activités créés par Guinée Games en l’accaparant injustement, c’est prendre des vessies pour des lanternes. Un État ne devrait pas se tromper aussi grossièrement.

Il faut bien comprendre que ni la Lonagui, ni le CNRD s’appuyant sur sa force, n’a un moyen légal de s’approprier les actifs de Guinée Games, qui sont la propriété privée, exclusive et légitime de Antonio Souaré de son groupe SAMGBM créé à la sueur de son front, patiemment, obstinément, avec une opiniâtreté au travail inouïe. Personne n’a ce pouvoir !

Antonio Souaré, un grand entrepreneur et bien plus encore dans l’entreprenariat guinéen, Antonio Souaré est un pionnier. Dans les œuvres caritatives et l’amour du prochain, c’est un Alter Christus. Donner du bonheur aux footeux guinéens est dans son ADN. Jeune, il aimait à réunir les grandes stars du football mondial à Conakry pour un match de plaisance ou de charité gracieusement offert au public guinéen dont l’amour du cuir rond est légendaire. Il fonde GBM (Global Business Marketing) et part à l’assaut des affaires tous azimuts. Tout est à faire en Guinée. Il le sait. Il veut faire fortune tout en servant son pays, en créant des emplois et une richesse partagée. Ce crédo l’anime jusque dans les arcanes les plus secrets de son être.

Il devient représentant d’Oberthur Technologies en Afrique occidentale, une ancienne entreprise française spécialisée dans la conception et la fabrication de solutions et de services de sécurité embarqués pour le secteur du paiement, des télécommunications et de l’identité, qui a fusionné en 2017 avec Morpho pour former Idemia. Il crée, sur fonds propres, une société de jeux et de paris sportifs en 2007. Guinée Games devient rapidement une entreprise qui ravit les parieurs guinéens par les gains qu’elle procure tous les jours et la passion du football qu’elle ravive chez les jeunes et les moins jeunes. Les quiosques prolifèrent dans la capitale et à travers le pays. Les emplois directs et indirects se multiplient et deviennent de loin les plus nombreux dans le secteur privé guinéen.

Guinée Games est aussi une plateforme pour paiements électroniques de toute sorte.
Guinée Games paie chaque semaine à l’État une redevance équivalant à 15% de son chiffre d’affaires et s’acquitte scrupuleusement de ses impôts. Antonio Souaré bâtit des mosquées et des églises. Il donne aux collectivités des puits d’eau minérale munis de pompe aspirante et refoulante, des centres de santé et des écoles. Il procure des avantages aux sports, à la jeunesse, aux femmes, au petit commerce. Il fournit un infatigable mécénat à de nombreuses associations sportives de jeunes et associations féminines dans tous les quartiers, à Conakry et à l’intérieur. Il tire de la disette ses semblables sans même les connaître.

Il fait des évacuations sanitaires dans les meilleures cliniques à travers le monde à ses amis et à d’innombrables inconnus et vieilles personnes pour des milliards par an tirés de sa poche. Sa main droite donne, sa main gauche oublie. Antonio Souaré a le cœur sur la main. Ses plus grandes qualités sont l’humilité et la considération de l’humain. Toutes ses vertus sont connues et bien admises, même par ses rares ennemis. Il est sans aucun doute l’un des hommes les plus populaires en Guinée. Il a pris sous sa présidence le Horoya Athlétique Club et en a fait rapidement une équipe professionnelle et compétitive au plan continental. Il a relancé le championnat national de football, qui était mort depuis des lustres, et financé son organisation et sa régularité. Il a rehaussé significativement son niveau et en a fait un championnat rivalisant avec les autres.

Bien avant de prendre les rênes de la Fédération guinéenne de football par un plébiscite, il prenait et continue à prendre en charge le Syli national seniors et juniors, masculin et féminin. Il paie sans compter les retraites de nos équipes nationales au Maroc ou ailleurs pour les préparer au mieux aux compétitions internationales. Bâtisseur en tout, il a initié, implanté et financé la Ligue guinéenne de football professionnel, un manque criant désormais comblé, soucieux qu’il est de servir son pays sans rien en attendre en retour. Il construit à Yorokoguia, dans une magnifique cuvette située à Dubréka, le plus grand complexe sportif intégré de l’Afrique occidentale. Il a fait percer et bitumer la route qui relie cette immense architecture à la route nationale Conakry-Boké.

Il a reçu le Padel du meilleur manager africain 2022 au Maroc et du meilleur dirigeant sportif du continent. Son groupe SAMGBM s’est vu décerner le Cauri d’Or à la 17e cérémonie annuelle des Cauris d’Or tenue le 2 juillet 2022 au King Fahd Palace de Dakar, comme l’entreprise la plus émergente d’Afrique.
Or pur ailleurs, fer rouge chez soi, c’est un label comportemental guinéen. Nul n’est prophète en son pays. Promesses non tenues, erreurs répétées du CNRD Le CNRD et son président auraient normalement dû tirer les leçons de l’arrêt brusque du projet Simandou ordonné récemment sur une initiative inconsidérée. Est-ce raisonnable d’exiger des deux géants miniers engagés dans le projet une part gratuite de 15% de leur chiffre d’affaires annuel pour l’État guinéen à travers une co-entreprise de droit guinéen, alors même que chez nous l’État se confond bien souvent au régime et à son gouvernement, que le CNRD est un comité transitoire et autoproclamé, que la Guinée est dans une période d’exception où la Constitution, donc la loi, est suspendue, que l’incertitude pèse sur l’avenir politique et la stabilité du pays ?
Les deux acteurs Winning Consortium Simandou et Rio Tinto Simfer s’étant montrés réticents devant l’injonction déraisonnable qui leur est faite, le CNRD, à travers le ministre des Mines et de la Géologie, a demandé la cessation immédiate de leurs activités. Cet arrêt brusque s’est traduit aussitôt par la mise au chômage de 14 mille personnes par Winning Consortium Simandou, sans compter ses pertes dues aux travaux de construction commencés du port en eau profonde de Morébaya et du Transguinéen, une longue voie ferrée minière qui était appelée à ouvrir également un corridor agricole important pour les quatre régions naturelles.

L’État guinéen se gargarise de notre potentiel minier exceptionnel, mais si nous avons sous les pieds un formidable patrimoine naturel depuis des centaines de millions d’années, nous n’avons que ça. Les autres ont les capitaux, les moyens techniques et la technologie sans lesquels ce patrimoine ne sera que des gisements stériles. Et ils s’en fichent éperdument que la Guinée s’enferme dans son orgueil mal placé et reste le pauvre éternel assis sur de l’or, comme une personne frappée par la malédiction. Nous devons en avoir une conscience aiguë. La Guinée est certes potentiellement riche avec son abondance minière, mais elle n’a aucun minerai stratégique où en voie d’épuisement ailleurs dans le monde. Cela étant, faire la fine bouche ressemble bien à une bêtise et à de l’aveuglement. Jamais un projet minier de 15 milliards de dollars n’avait été engagé auparavant quelque part dans le monde. Et voilà que ça finit dans les choux.

Non content d’avoir fait perdre, il y a à peine deux semaines, 14.000 emplois à la Guinée et une prospérité assurée dans quelques années, le président du CNRD prend un décret visant l’expropriation et l’accaparement de Guinée Games, un joyau de l’économie guinéenne, le fleuron de son secteur privé. On enchaîne mesures et actions destructrices. C’est comme une pulsion irrépressible. On détruit tout : l’administration publique, les carrières personnelles, le bien-être familial, le pouvoir d’achat, les maisons, la classe politique, la place de la Guinée dans le concert des nations, l’indépendance de la justice, le secteur privé, l’économie sociale, l’économie minière, l’économie nationale, l’investissement, le désir d’entreprendre et de bâtir… et quoi encore d’ici 2025 et peut-être bien au-delà ! Une perspective cauchemardesque pour la suite de la Transition, vu les prémices d’une fonction suprême usurpée, dont on se demande si elle sera restituée ou non au peuple et par la démocratie.

Déjà une lame de fond s’agite dans les profondeurs de la masse informe et noire qu’est le peuple affamé et aux confins de la misère. À la grogne politique s’ajoute le mécontentement social et la colère d’une jeunesse et de femmes pas prêtes à voir Guinée Games, leur Guinée Games, volée et anéantie par l’incapacité totale où sera l’État, à travers la Lonagui, d’assurer non seulement sa survie mais également toutes ses actions caritatives dont une foule de nécessiteux a besoin comme de l’air. Tous ces gens sont attachés à Guinée Games comme à la prunelle de leurs yeux.

Que le CNRD envoie ses éclaireurs dans les quartiers et dans les chaumières pour tâter le pouls. Les jeunes et les femmes se sont tressé une cotte de maille et veulent en découdre avec l’État qui a déçu toutes les espérances par les promesses non tenues, la persécution des élites ainsi que la faim et le dénuement auxquels il a réduit le peuple. Quant à Guinée Games, ils sont prêts à la défendre par tous les moyens possibles et imaginables contre l’arbitraire et la cupidité. La perspective est effrayante.

Si l’on en doute, que l’on essaye. Que l’on essaye seulement !

Albassirou « El Béchir »

La Rédaction

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Journaliste Directeur de Publication du site d'information Lemakona.com. Retrouvez à travers les articles l'actualité complète de la Guinée, de l'Afrique et du Monde. Tél : (00224) 621 82 52 83 ou 656 29 01 96.