une marque indélébile ! C’est ce que représente aujourd’hui les dates du 2 et 3 février 1996 dans la mémoire des Guinéennes et Guinéens. En tout cas, pour bon nombre d’entre eux qui ont été témoins de ce pan de l’histoire des événements malheureux en Guinée. Au moins, une soixantaine de morts, trois cent blessés et plus de trois milliards de dollars de dégâts enregistrés, selon le bilan officiel établit par les autorités, lors de cette mutinerie des militaires en l’encontre du Président Général Lansana Conté. Vingt-deux ans après ces douloureux événements, un devoir de mémoire s’avère être nécessaire pour les victimes collatérales, afin de rétablir les faits, honorer la notoriété de ceux qui ont été souillés, et faire en sorte que cela ne se reproduise à jamais.

Et parmi ces victimes, figures incontestablement et en bonne place, les familles des officiers, sous-officiers et personnalités civiles. Dont la seule et unique faute est d’avoir un lien parental, familial, proche ou autre, avec quelques noms des accusés cités dans cette affaire.

Ce sont entre autres, le commandant Kader Doumbouya, ex-commandant du bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA), le commandant Yaya Sow, ancien chef du groupement d’artillerie du bataillon spécial de Conakry (BSC), le lieutenant Mory Laye Kébé du corps des blindés, et le capitaine Souleymane Farath Camara, officié du BATA.

s’agissant du dernier cité, sa famille vit depuis ces tragiques et malheureux événements, dans la désillusion, l’angoisse, et l’incertitude. Vingt-deux ans après, cet officier de l’armée guinéenne, est toujours selon les propos des siens « porté disparu ». Ses femmes et ses enfants n’ont toujours pas le moindre nouvelle de lui. C’est un témoignage bouleversant !

« Quelque chose me dit que le mal est déjà fait .» Tels sont les premiers mots articulés, avec des larmes aux yeux, de la première femme du capitaine, l’institutrice Gnamakoro Mansaré, qui fut à l’époque des fait, arrêtée et violentée. Selon elle, son mari ne serait plus en vie et qu’il aurait été « assassiné » par ses ennemis pour le faire taire à jamais. Et tout ce qu’elle demande aujourd’hui, qu’on lui rende son mari « mort ou vif ». « Que la vérité soit dite sur le sort du papa de mes enfants ». Une façon pour la famille, et ce, quelque soit la situation, d’avoir « la conscience tranquille » en connaissant la vérité a-t-elle estimé.

« Mes enfants et moi l’avons perdu de vue depuis ce fameux jour où le Président Conté les a convoqué au camp. Il est parti et il n’est plus revenu ». Et pourtant à en croire toujours la version de madame Camara, son mari serait « innocent ». Elle raconte : « ce jour là (ndlr 2 et 3 février 96), il les a passé à la maison auprès de sa famille. Il a préféré rester à nos côtés pour nous protéger ».

Pour ses proches, ses amis et sa petite famille, ses femmes et enfants notamment, c’est « un véritable cataclysme, un cauchemar » qu’ils ont vécu. d’ailleurs, ils continuent à le vivre du jour au jour. Tout a chamboulé dans leur vie. Leur mode vie, leur appréhension vis-à-vis des autres, etc. Le socle de la famille avait été atteint. Un véritable choc. Le père de famille a été radié de l’effectif de l’armée, ses biens ont été saisies, le salaire de sa femme suspendue et le comble, la famille expulsée de leur domicile. Ils se retrouvent alors sans revenu. Conséquence directe, le déplacement et la dispersion des membres de la famille.

Aussi, des interpellations musclées ont eu lieu dans la plus part des domiciles des accusés. ‘’Chez nous, explique l’une des femmes du capitaine Souleymane Farath Camara, Nous avons été dépouillés, notre maison saccagé et l’intérieur mis en dessous dessus. J’ai été victime d’arrestation arbitraire avec mes enfants.. J’ai été humiliée, insultée et violentée ».

Pour ce qui est de la responsabilité de leurs « malheurs et souffrances », elle pointe du doigt, le système. Et c’est le lieu et le moment dira-t-elle, de révéler au grand jour, le rôle joué par certains hauts gradés de l’armée, qui étaient les bourreaux du régime d’alors, et qui sont aujourd’hui dans le régime du Président Alpha Condé à des postes de responsabilité. C’est simplement douloureux, écœurant et révoltant » s’indigne-t-elle.

Entre autres noms cités, l’actuel chef d’État major général des armées, le général Namory Traoré, le général Ibrahima Baldé actuel Haut commandement de la gendarmerie nationale et directeur de la justice militaire, le général Ansoumane Camara  dit ‘’Bafoué’’, actuel directeur national des compagnies d’intervention et de sécurité de la police nationale et le colonel Mohamed Lamine Diarra, actuel commandant du Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA), unité à laquelle appartenait le capitaine Souleymane Farath Camara.

Fort malheureusement, du moment des faits jusqu’à nos jours, la famille n’a d’yeux que pour pleurer. A en croire leurs affirmations, ils ne peuvent « porter plainte », ou « faire valoir nos droit » devant n’importe quelle autorité que ce soit. Pour la simple et unique raison, « nous avons peur et craignons le pire. On risque d’enfoncer de plus le clou ».

Il est évident que des zones d’ombre existent autour de cette affaire, qualifiée de ‘’coup d’État’’. Certains en ont sûrement profité de cet instant d’instabilité, pour régler leur compte. Vrai ou faux, le temps nous en dira plus.

A noter que le capitaine Souleymane Farath Camara, diplômé en Sciences sociales à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, a été enseignant de son État. Il intègre par la suite, les forces armées guinéennes sous l’ère de la révolution. Il suivit de hautes études et formations militaires aux États-Unis, et également, a occupé plusieurs postes de responsabilités au service de son pays, dont entre autres, Attaché militaire auprès de l’Ambassade de Guinée en France.

 

Lamine CAMARA

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