CONAKRY– Le 11 mars dernier, le comité de pilotage du COCAN 2025, a été nommé et confirmé par un acte pris par le premier ministre, Dr Ibrahima Kassory Fofana. Dans ce COCAN composé de 23 personnes et qui est présidé par le Ministre des sports, Sanoussy Bantama Sow, on ne retrouve qu’un seul nom d’un ancien international guinéen : celui d’Aboubacar Titi Camara.

La présence de l’ancien attaquant du Syli national comme un simple conseiller n’est pas du goût de certains de ses anciens coéquipiers. Ceux-ci dénoncent fermement la faible représentativité des anciennes gloires de l’équipe nationale dans ce comité de pilotage.Des anciennes gloires qui selon eux, sont censées avoir plus d’expériences dans ce domaine.

Ce samedi, Guineefoot.info a approché l’ancien international guinéen Abdoul Karim Bangoura « AKB » pour recueillir ses sentiments après la mise en place de ce COCAN, qui est toujours loin de faire l’unanimité…

Lisez l’entretien exclusif que AKB nous a accordé !!

AKB, votre réaction après la mise en place du COCAN 2025 ?

AKB : On continue toujours à amuser la galerie. Quand un petit groupe se réunit pour choisir des gens qui composent le COCAN, je pense tout simplement que c’est de la comédie pour moi. Pour parler des anciennes gloires, je vois Elhadj Aboubacar Titi Camara qui fût ministre et un grand ambassadeur de notre football.

Il n’est qu’un simple conseiller. Son nom est mis là juste pour maquiller. Aujourd’hui le football, ce n’est pas de la Mamaya, il faut approcher des gens compétents, des professionnels. Et quand on regarde la composition de ce COCAN, ce n’est pas le cas. C’est du copinage.

Regarder la liste des gens qui composent ce COCAN. Quel rôle Titi va jouer ? c’est quoi ses prérogatives? Si c’était moi, j’aurais démissionné sur le coup. Parce qu’il y a rien de sérieux.

Et la nomination de Blasco Barry ?

AKB : Je ne veux pas parler de personnes, je dénonce juste la façon dont on veut nous dicter la gestion de football, ici nous ne sommes pas sur le terrain de la politique, là on parle football et sa gestion.

Vous savez que le président de la République avait signé un décret et maintenant c’est un arrêté du premier ministre qui efface tout ça, franchement je ne comprends absolument rien, comme beaucoup de guinéens d’ailleurs. On ne voit ça qu’ici en Guinée.

Franchement, la façon dont certains veulent s’accaparer de la gestion de notre football, je trouve cela très dangereux.

Les guinéens sont là, ils observent, ils ne sont pas dupes. Moi je pense qu’il faut avoir un minimum de respect pour ceux qui s’investissent dans notre football. Revoyer la liste, il y a des gens qui n’ont jamais mis pieds au stade, qui ne connaissent rien du football mais qui se retrouvent comme par miracle dans ce COCAN. C’est dommage. Nous, on n’acceptera jamais ça.

Parce que tu as l’argent ou tu est proches de quelqu’un, on te nomme et on ignore les gens compétents.

Antonio Souaré, de président à deuxième vice-président.. ?

AKB : J’ai pas encore discuté avec le président Antonio. Je vous dis, ceux qui ont fait la liste du COCAN, c’est un petit groupe de personnes, parce qu’ils ont le pouvoir ou de l’argent et decident de mettre telle ou telle personne. Ce n’est pas normal et nous on ne se laissera pas faire.

Thierno Saibou Diakité, voilà un monsieur qui se bat depuis 10 ans pour l’organisation effective de la CAN en Guinée. Ce monsieur, comme il n’est pas riche ou n’a pas de pouvoir, il a été ignoré volontairement. Pourquoi ? Ce sont ces choses qui amènent de la frustration.

On peut pas avancer en excluant les personnes compétentes.

Que dire de l’absence sur la liste de KPC ?

AKB : Voilà vous pouvez encore continuer à citer des noms occultés. Je pense qu’on doit consulter les anciennes gloires qui vivent encore et Dieu merci il y’en à beaucoup, les doyens Petit Sory, Cherif Souleymane, Thiam Ousmane..etc, il faut les approcher.

Et aussi les gens qui investissent dans notre football. Je vous le répète encore une fois le football ce n’est pas de la Mamaya, il faut être pragmatique. Souvenez-vous il y a deux ans, je vous avais dit qu’il n’y aurait pas la CAN 2023 en Guinée. C’est la même comédie qui continue.

Vous avez donc souhaiter appartenir à ce COCAN ?

AKB : Cette liste là ? Non. Je met ma main sur le coran, on met mon nom, je démissionne le jour même. Moi je cours jamais derrière un poste, sinon on l’aurait su il y a longtemps.

Un Monsieur comme Morlaye Soumah Kolovaty, ancien capitaine de notre équipe nationale, Il a été un grand ambassadeur de notre football, il a été capitaine d’un club de ligue 1 en Europe, ce n’est pas rien…

Il faut les approcher, échanger et discuter avec eux. Au lieu de choisir des gens comme vous le voulez.

Doit-on s’attendre à une démission de Titi Camara ?

AKB : Ça, je ne sais pas. J’ai discuté avec lui (Titi), pour moi c’est un manque de respect pour lui. Je sais ce qu’on s’est dit, je garde ça entre nous. Mais sa décision lui revient et il est assez grand et responsable pour décider quoi faire.

Vous préconisez donc un échec de ce comité de pilotage du COCAN ?

AKB : Bien-sûr que oui. Tu veux conduire une voiture et tu n’a pas de permis, l’accident est inévitable. Je n’appelle même pas ça un accident pour moi, c’est une évidence.

Quel conseil avez-vous à donner ?

AKB : Ils n’ont pas besoin de ça. Sinon il fallait s’asseoir, échanger, discuter avant de prendre des décisions. Il faut avoir un certains égard aux anciens qui se sont battus et qui ont mouillé le maillot et (ça personne ne pourra leur l’enlever).

Et qui continuent à se battre. Encore une fois nous ne demandons pas à être sur la liste, mais il faut approcher ceux qui connaissent. On a besoin de leur savoir.

Selon vous, les anciennes gloires sont moins considérées en Guinée ?

AKB : Bien-sûr. Bien-sûr. Vous êtes des journalistes, allez-y mener vos enquêtes sur la situation des anciens joueurs.

Mais Titi Camara a quand même été ministre, Chérif Souleymane est aussi DTN?

AKB : (Rires) Oui on peut toujours dire ça, C’est l’exception qui confirme la règle. Si c’est ça qui va faire avancer notre football, on n’en est encore très loin, croyez moi.

Un chérif Souleymane dans un autre pays, il aurait eu beaucoup plus de respect.

Où en êtes-vous avec la formation des entraîneurs guinéns qui devaient récemment partir en Europe pour suivre des stages de formations ?

AKB : Oui, vous savez qu’on n’a pas d’infrastructures adéquates chez nous ici, le seul moyen d’aider nos entraîneurs/éducateurs, c’est de trouver des formations à l’étranger et faire venir les formateurs ici à Conakry pour donner les cours.

Le président Antonio Souaré doit rencontrer l’ambassadeur de France prochainement. C’est quand même une première que la fédération trouve une douzaines de place pour nos entraîneurs.

C’est salutaire. Mais on attend, pour les visas.

Êtes-vous déçu ? Est-ce que votre crédibilité n’est pas mise en jeu ?

AKB : Déçu oui, car depuis deux ans mon département travaille sur ce dossier, déçu aussi pour les entraîneurs, qui se voyaient déjà en Europe. Je constate qu’ils veulent vraiment passer ces stages.

Quant à ma crédibilité, soyez en rassuré, ça fait plus de 30 ans que je travaille avec ces clubs. Donc Ils savent qui je suis, je sais aussi qui ils sont.

Propos recueillis par Mohamed Lamine TOURÉ